Logo 13.7.png
13.7

Ça ne parle pas,

C’est un chiffre,

C’est facile à retenir ;

C’est ta date d’anniversaire,

Celle de ton chien,

De ta maison,

Du tas de caillou qui te sert de sol,

De ton soleil,

Des étoiles mortes,

De tout.

A l’avant-garde d’une armée de zéros

C’est l’origine qu’on ne peut pas nommer.

 

« 13.7 », c’est jusqu’où on peut compter

Et c’est tout ce qu’on peut dire ;

La vague impression de tenir quelque chose.

La question de l'origine est au centre de notre obsession théâtrale. Des idées, de l’être, ou des choses ; l'origine est une singularité en forme de point d'interrogation : une question qui se multiplie à l’infini quand on lui court après – un mystère qui n'a concrètement aucune réalité. Elle est ce qui ne peut pas être définitivement dit ; l'échec du langage qui paradoxalement continue de nous faire parler. C’est cette comédie qui nous désespère ; c’est de ce drame-là que nous voulons rire ; c’est de cela que nous voulons parler.

 

Systèmes de pensée philosophiques, discours scientifique, récits historiques, genèse et textes sacrés, perception singulière d'un poète… sont autant de récits qui trahissent notre volonté d'ordonner le monde, et notre impuissance à jamais y parvenir. A travers ces discours, ces récits, ces fictions nous nous affirmons, nous nous affrontons, nous nous confrontons, nous nous réconcilions, nous nous méprenons.

 

Ce corpus gigantesque dans lequel varient les langages et les modes de représentation constitue pour nous un réservoir de représentations du monde inépuisable, un multivers d’imaginaires en contraction permanente qui nous fascine et nous effraie, et nous amène à réinterroger notre point de vue théâtral, pour peut-être parvenir à reformuler nos questions.

 

Mais s’il nous parait important de nous inscrire dans une volonté de partage de la connaissance et de promotion de la culture, nous ne souhaitons pas choisir entre tous ces discours en nous mettant au service d’un seul. Car la vérité qui nous intéresse d'approcher n'est pas celle d'un type de discours sur un autre : elle se trouve dans l'intensité vitale de celui ou celle qui tient tel discours pour vrai – seul au monde, magnifique ou ridicule, joué par le sentiment qui l’anime et le porte aux mots, sincère dans son mensonge.

 

Cette question place l'acteur au centre de la scène, et la parole comme un vecteur de soi mis à l’épreuve des autres – du partenaire de jeu, du spectateur.

 

Le moteur de notre questionnement, c’est donc l’acteur en tant qu'il raconte et échoue à tout raconter ; l’acteur face au choix impossible des symboles (mots, chiffres, images…) pour se raconter, se formuler, s'interpréter ; l’acteur personnellement dépassé par un langage qu’il n’arrive pas à comprendre ; cette sensation d’être un brouillon éternel ; ce plaisir malsain de livrer la vérité par le jeu d’un argumentaire malicieux ; ce tiraillement face à un héritage de mots et de pensée ; cette envie radicale de s’y opposer en se disant autrement ; cette folie de croire qu’on peut faire l’impasse sur le récit de soi sans se laisser dire par d’autres ; cette naïveté de croire qu’on va enfin pouvoir résoudre cette intolérable question de l'origine qui ne nous dit jamais, dans aucune langue et aucun discours, qui nous sommes et où nous allons.

 

Sur la scène, nous voulons mettre en jeu la parole en tant qu'acte, et la fiction en tant que champ de foire et champ de bataille ; mettre en lumière ce que l'individu engage de lui dans la représentation du monde qu’il porte, par laquelle il a choisi de se raconter, envers et contre tous, parfois contre le texte lui-même. Sa parole pour arme de guerre, il est prêt à mourir par elle… jusqu’à ce beau matin où, subitement, il l’abandonne. 

 

Mettre la fiction au cœur de nos histoires pour montrer cette pulsion de dire, et faire théâtre des transformations de l’identité – organisme qui croit, s’épanouit, et se sclérose à l’infini.